MIEUX COMPRENDRE L'HYPNOSE


revues medicale hypnose

"HYPNOSE", UN TERME AMBIGU

Le terme "hypnose" est ambigu. Il désigne à la fois des états non spécifiques de conscience, leurs effets, des usages, des courants théoriques et des pratiques. Tribune publiée sur un site médical.

UN ANCÊTRE SULFUREUX

L’hypnose trouve ses premières sources dans les braises incandescentes du magnétisme animal et a pris corps sur les cendres encore tièdes du mesmérisme.

La période sulfureuse du mesmérisme en France commença dans la seconde partie du XVIIIe siècle quand un médecin badois, Franz-Anton Mesmer(1734-1815), quitta Vienne pour venir s’installer à Paris, Place Vendôme.

"Il pensait que l’efficacité du magnétisme Animal, c’est à dire le magnétisme relevant de l’âme, était du à un fluide dont il affirmait la réalité physique et dont l’origine proviendrait de l’influence des planètes(1)"

Le "magnétisme animal" de Mesmer agite et passionne alors l’opinion publique tout autant que la communauté médicale. Il donne cours à quantité d’écrits et d’analyses dont quatre commissions scientifiques.


QUATRE COMMISSIONS SCIENTIFIQUES

En 1784 Louis XVI nomme les deux premières commissions(2) pour analyser la pratique du magnétisme animal.

La première est constituée le 12 mars 1784 de quatre médecins de la Faculté de Paris et de cinq membres de l'Académie royale des sciences.

La seconde se compose le 5 avril 1784 de membres de la Société royale de Médecine.

Sur les observations du travail d’un disciple de Mesmer (le docteur Charles Deslon), ils concluront : "l'imagination est la véritable cause des effets attribués au magnétisme"(3)

Bailly(4) déclare dans un rapport secret au roi : "le traitement magnétique ne peut être que dangereux pour les mœurs."(5)

Les deux rapports officiels furent publiés et distribués en plus de vingt mille exemplaires. La Faculté de Médecine exigea alors de ses membres un acte dans lequel ils s'engagèrent à ce "qu'aucun docteur ne se déclarera partisan du magnétisme animal, ni par ses écrits ni par sa pratique."(6)

En 1812, Antoine-François Jénin de Montègre, secrétaire de l'Académie de médecine, écrit au sujet du magnétisme : "d’être contraire à la raison, aux bonnes mœurs, et de conduire les hommes à l’abrutissement."(7)

Au début du XIXe siècle, alors que l’Académie de médecine est absolument défavorable au magnétisme animal, le professeur Husson, médecin-chef de l'Hôtel Dieu de Paris, soutient que les traitements magnétiques ont évolué depuis l'époque le magnétisme animal initial de Mesmer. Il en redemande l’examen scientifique.

En 1826, il se voit alors confier la direction d’une commission officielle en vue de statuer sur le magnétisme animal. Cette mission va durer plus de trois ans. Les conclusions seront rendues à l'Académie des sciences en juin 1831. Il rend notamment compte de l’ablation d'une tumeur effectuée en 1829 par le chirurgien Jules Cloquet sous sommeil magnétique au cours de laquelle "la patiente n’a manifesté aucun signe de douleur »(8), et de conclure : « L'Académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme comme une branche très curieuse de psychologie et d'histoire naturelle."(9).

Le "rapport HUSSON", issu de la troisième commission scientifique dédiée à l’étude du magnétisme, fit scandale et ne fut jamais publié par l’académie.(10)

En 1833, le médecin Frédéric Dubois publie un pamphlet(11) à succès. Il vise les magnétiseurs et le "rapport HUSSON". Dubois y relègue l'ensemble des magnétiseurs aux rangs du charlatanisme.

En 1837, il se voit nommé à la tête de la quatrième commission. Elle est chargée cette fois d’étudier les phénomènes magnétiques présentés par le docteur Berna. 
 Le "rapport DUBOIS" présenté à l'Académie de médecine les 12 et 17 août 1837 stipule " … aucun des phénomènes allégués par les magnétiseurs n'a pu être observé ".

Presque cinq années durant, Husson, Berna et tant d’autres vont protester vigoureusement en vain. 


Le 15 juin 1842, l'Académie de médecine abandonnera officiellement et définitivement tout intérêt pour le magnétisme animal et ses déclinaisons.


ET L’HYPNOSE NAQUIT DES CENDRES DU MAGNÉTISME

Ces polémiques "fratricides" ont donné naissance à quatre courants théoriques majeurs.

1. Le mesmérisme affirme que le "magnétisme animal" est du à la circulation d’un fluide animal.


2. Le spiritualisme pense agir sur la maladie par la volonté et la prière et voit les "transes magnétiques" comme des contacts avec des anges guérisseurs. 


3. Le psychofluidisme soutient que la volonté psychique est responsable de l'action magnétique.


4. L’imaginationnisme prouve par de nombreuses expériences et démonstrations publiques que seule l’imagination intervient dans la phénoménologie de ce qui est nommé "magnétisme". L’imagination catalyse des processus internes qui induisent chez des sujets un ensemble de manifestations psychologiques, comportementales et biologiques.(12)


Le magnétisme au travers de son quatrième courant "l’imaginationisme" deviendra alors "l’hypnose".(13)

L’AGE D’OR DE l’HYPNOSE

Les bases fondamentales de l’hypnose thérapeutique se sont, quant à elles, développées en France, dans l’âge d’or de l’hypnose(1889-1899) au travers des vapeurs polémiques de trois écoles de pensées : l’école de la Salpêtrière, celle de Nancy(14) et la plus discrète école de Richet(15). Mais pas seulement!

Dès 1889, le célèbre hôpital de la Salpêtrière à Paris est le théâtre de Jean-Martin Charcot(16). Dans le cadre de ses recherches sur l’hystérie, il y fait venir des hypnotiseurs de spectacle pour des démonstrations publiques.

Pour Charcot, l’hypnose est un état pathologique propre aux hystériques et aux névropathes(17).

Pour Bernheim, l’hypnose est un état naturel qu’il réduit à un sommeil produit par la suggestion.(18)

Richet quant à lui explore l’hypnose pour tenter d’en extraire les lois psychologiques.

C’est ainsi que Charcot utilise l’hypnose pour mieux comprendre les paralysies hystériques et les différencier de paralysies dues à des lésions organiques identifiables par la méthode anatomo-clinique pendant que Bernheim se concentre sur l’utilisation thérapeutique de l’hypnose(19) et que Richet en explore les thèses.

L’HYPNOSE THÉRAPEUTIQUE, UN PROCESSUS MAJEUR

Nous l’avons soulignée, l’hypnose thérapeutique est une descendante directe de "l’imaginationnisme". Cependant, elle repose depuis sur des postulats assez similaires dont "l’inconscient ressource" est devenu un lieu commun. Ce dernier a émergé lentement aux États-Unis dans les années quarante au prisme de ce que l’on a nommé "la troisième force" : la psychologie humaniste au travers notamment de l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers(20).

Plus précisément, sous le prétexte d’un "inconscient ressource" tout puissant, on oeuvre sous le joug du "constructivisme". Il est l’un des principaux processus psychologiques visés par l’hypnose thérapeutique, et plus globalement, par l’hypnose appliquée aux relation d’aide.

Inspiré par la philosophie évolutionniste de H. Spencer (1820-1903), le constructivisme est à son origine en opposition avec le "béhaviorisme" de J. B. Watson (1878-1958). Il s’est aussi beaucoup développé en France grâce aux travaux de W. F. Piaget (1896-1980).

Selon Piaget, l’origine de la pensée humaine se construit progressivement lorsque l’individu, et en particulier l’enfant, entre en contact avec le monde. Résultent alors de ces contacts successifs des unités élémentaires de l’activité intellectuelle, appelées "schèmes".

Pour le constructiviste, les connaissances individuelles sont bien plus qu’une reproduction de la réalité, elles sont une "reconstruction" de celle-ci. Tout individu "reconceptualise" en permanence les informations traitées en fonction de ses nouveaux acquis.

Pour simplifier, disons que les stratégies constructivistes permettent à la personne humaine de déconstruire ce qui lui pose problème, pour faire place à un ensemble qui lui est mieux adapté.
 Dans le même temps en Amérique, une équipe de chercheurs réunis autour et par G. Bateson(21) forme l’école de Palo Alto (dit aussi collège invisible) et s’engage sur la voie du constructivisme pour en explorer les possibilités.

Le Mental Research Institute est quant à lui créé spécifiquement pour étudier cliniquement les théories développées par l’école de Palo Alto (Bateson n’en fera jamais partie).

Ces courants majeurs de la psychologie permirent la naissance des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), des thérapies systémiques et familiales, dites aussi thérapies brèves.(22)

Dans le domaine de l’hypnose thérapeutique nous devons la "propagation" de "l’inconscient ressource" à Milton H. Erickson qui a su "re-susciter" l’intérêt de l’hypnose via son approche clinique et ses nombreux articles(23). Sa métaphore de l’inconscient est devenue dans l’esprit de toute une époque et de plusieurs générations une réalité quasi "psychotique". À tel point que beaucoup de praticiens encore, dissertent sur l’endroit ou serait situé l’inconscient dans le cerveau, ou bien où il faudrait parler pour être entendu de l’inconscient, et tant d’autres fantaisies de cet acabit.

Nourrie depuis par les théories solutionnistes, héritières des courants constructivistes de la psychologie, qui ont donné corps et sens aux thérapies brèves, l’hypnose d’Erickson est devenue la nouvelle hypnose(24) puis d’autres déclinaisons grâce, entre autres, aux formidables apports d’Ernest Lawrence Rossi(25) et le travail plus philosophique de François Roustang(26).

Pendant que Milton H. Erickson développait son approche athéorique(27) de l’hypnose indirecte, Dave Elman(28) dépoussiérait quelque peu l’hypnose classique directe, et conceptualisait des styles d’inductions et de suggestions plus modernes (pour son époque).

Ces dix dernières années, malgré de fortes résistances à l'évolution et au changement, de toutes nouvelles formes de relations d’aide sous hypnose ont vu le jour en France et sont pratiquées par de sérieux praticiens de l’hypnose(29) de toute obédience(30).

NEUROANATOMIE DE LA TRANSE

Sur le plan scientifique

La transe observée à l’IRMf, s’exprime au niveau neurologique par une désactivation du précunéus(31) et du cortex cingulaire postérieur, ouvrant ainsi des voies d’hyper-suggestibilité.

Ces états hypnotiques et leurs formes sont très variées et souvent peu ou pas identifiable aux non-initiés.

Sous EEG :

"État de pleine conscience" : la majorité des fréquences électriques se trouve dans la portée bêta (14-25 Hz). 


"Sous hypnose" ou "en transe" : la majorité des fréquences électriques se trouve dans la portée alpha (8-13 Hz),

"Sommeil paradoxal" : la majorité des fréquences électriques se trouve dans la portée thêta (4-7 Hz). 


"Sommeil profond" : la majorité des fréquences électriques se trouve dans la portée delta (3-5 Hz). 


En somme lorsque nous sommes sous hypnose (en transe), nous ne sommes ni totalement éveillés, ni dans une phase d’endormissement, nous sommes entre veille et sommeil.(32)

INDUIRE LA TRANSE HYPNOTIQUE

Les grands pourtours des formes d’hypnoses (visibles ou invisibles) appliquées aux relations d’aide reposent sur trois grands mouvements.

Les deux premiers mouvements ciblent trois processus majeurs inhérents à toute forme de transe hypnotique :

"Dissociation - Absorption - Confusion" (33)

Globalement, lorsque l’un de ces processus est enclenché l’intensité de transe est légère. Lorsque deux processus sont conjugués, l’intensité de transe est moyenne. Lorsque trois processus sont fusionnés, l’intensité de transe est profonde.

MOUVEMENT 1. FAVORISER LA TRANSE

L’induction hypnotique vise à catalyser la transe c’est à dire à enclencher un ensemble de processus internes qui vont placer la personne sous hypnose. Elle repose sur le principe de la suggestion. Toute communication verbale, para-verbale et non verbale est suggestion. Dans le processus d'induction hypnotique, les suggestions se caractérisent par une combinaison de propositions qui visent les trois processus majeurs vus précédemment.

L’induction hypnotique permet de catalyser la transe mais aussi de l’émanciper suffisamment au regard des objectifs visés. En d’autres termes, le praticien va accompagner le sujet dans une transe suffisamment importante pour avoir accès aux soubassements de sa conscience et à une phénoménologie subconsciente.

L’induction hypnotique peut revêtir différentes formes et répondre à diverses exigences. Dans tous les cas, elle consiste en un ensemble de procédés communicationnels verbaux, non verbaux et para-verbaux.


MOUVEMENT 2. ÉVOLUER DANS LA TRANSE

Le praticien va faire évoluer le sujet dans la transe. La direction et les objectifs auront été prédéfinis en amont par l’entretien préliminaire ou l’anamnèse (selon les cas et la spécialité du praticien). 
 Le sujet est alors guidé dans une série d’exercices imaginaires à vocation soit, thérapeutique, soit de mieux-être ou d’épanouissement, soit d’introspection, etc. (suivant le cadre de la consultation et les compétences du praticien). Ce dernier veillera à rester dans son champ spécifique de compétences.

MOUVEMENT 3. SORTIR DE LA TRANSE

Le praticien accompagne son sujet vers un retour à un état de conscience tout à fait propice à équilibre. Pour cela, il va lui suggérer de se ré-associer à son corps, ses pensées et plus globalement sa réalité environnante immédiate tout en lui suggérant une bonne vitalité.

DEUX GRANDES FORMES D’HYPNOSE

HYPNOSE VISIBLE

Modes opératoires identifiables

Cette forme d’hypnose est la plus connue. Elle est majoritairement utilisée par l’ensemble des opérateurs de l’hypnose. Que ces opérateurs soient des hypnotiseurs de spectacle ou des praticiens des relations d’aide, ils ont recours à une hypnose formelle ritualisée. En ce sens, elle répond à un ensemble de procédés visibles et recherchés, tant par les opérateurs que par les sujets ou de tiers observateurs.

Cette forme d’hypnose, inscrite dans l’inconscient collectif, est celle qui revient le plus à l’esprit du grand public lorsque le terme "hypnose" est évoqué.

Le sujet est debout, assis ou couché (suivant le cadre de l’intervention), dans une disposition mentale d’attente et de passivité. L’opérateur procède alors à une induction hypnotique et à une émancipation de cet état hypnotique jusqu’à une transe formelle. Il fait ensuite évoluer le sujet dans cette transe jusqu’à l’obtention des objectifs visés.

Sauf si l’opérateur lui suggère d’autres actions ou comportements, le sujet a les yeux fermés et reste immobile. Globalement l’opérateur suggère et le sujet écoute passivement et/ou répond aux suggestions sous hypnose.

L’observateur extérieur a souvent l’impression que le sujet dort tant les signes de l’hypnose peuvent ressembler à ceux du sommeil ou a un état somnambulique. Certains sujets peuvent aussi être plongés dans un réel sommeil. 


HYPNOSE INVISIBLE

Modes opératoires masqués

Quelques rares spécialistes de l’hypnose la maîtrisent parfaitement. C’est une hypnose conversationnelle, dite aussi hypnose communicationnelle ou conversation hypnotique.

Elle peut être directe ou indirecte, permissive ou dirigiste, comme toute forme d’hypnose. Ses effets sont tout aussi remarquables qu’avec une hypnose formelle ritualisée. La différence est cependant importante puisqu’elle est invisible au non-initié.

Ni le sujet, ni les observateurs ne sont en capacité d’identifier les processus de l’hypnose en cours. Le sujet se sent étrangement bien, comme légèrement enivré, très détendu et en totale confiance. Les observateurs non-initiés à ces techniques d’hypnose sont dans l’impossibilité de comprendre les processus subtils engagés. Ils peuvent tout au plus remarquer que le sujet vivant cette séance d’hypnose conversationnelle est comme dans un songe ou une rêverie.

L’opérateur spécialisé en hypnose conversationnelle peut aisément faire transiter le sujet vers une hypnose plus formelle, une transe de grande intensité. Pour cela, il intensifiera ses messages hypnogènes de façon verbale, para-verbale et non verbale en prenant soin de les dissimuler dans une conversation aux aspects anodins.

Seul le spécialiste est en mesure d’identifier clairement ce qui se joue sous ses yeux sans que jamais le mot hypnose n’ait été prononcé. Les langages de l’opérateur et les indicateurs de transe du sujet lui permettent de suivre les processus de transe en mouvement.

L’HYPNOSE PAR QUI, POURQUOI, COMMENT ET DANS QUEL CADRE?

Pour aborder le vaste sujet de l’hypnose thérapeutique et plus largement de l’hypnose appliquée aux "relations d’aide", il semble important de nous rejoindre sur ce qu’est une "relation d’aide".

Inutile de le rappeler, il n’existe aucune forme de relation d’aide unique mais des genres différents de relations d’aide. Leur objectif commun est certainement de faciliter chez l’ "Autre" l’accès à des ressources en vue de la meilleure croissance qu’il soit pour lui.

Dans certaines formes de relations d’aide, l’"Autre" prendra la forme d’un individu, d’un patient ou d’un groupe d’individus ou de patients.

Les relations d’aide sont multiples dans la mesure où toute interaction intègre et éthique visant à favoriser une bonne croissance, une plus grande autonomie, ou une meilleure santé constitue à chaque fois une forme spécifique de relation d’aide. Bien entendu, dans certains cas, elles peuvent être imbriquées.

Laissons de côté les relations d’aide privées d’ordre familial ou amical (parents-enfants, couples divers, amis…), et les relations d’aides professionnelles de type "conseillers-clients".

Restons plutôt concentrés sur d’autres catégories professionnelles de relations d’aide, plus spécifiques à notre sujet principal.

En somme, on constate globalement en France l’utilisation de l’hypnose dans trois grandes formes de relations d’aide :


L’hypnose pratiquée dans les cadres du mieux-être et de l’épanouissement,

L’hypnose pratiquée dans les cadres de la santé mentale,

L’hypnose pratiquée dans les cadres de la santé physique.

Avant de mieux identifier ces pratiques de l’hypnose, il apparait aussi fondamental de s’abstenir de l’abstraction la plus courante. Celle-ci consiste à réduire l’ensemble des pratiques des relations d’aide ayant recours à l’hypnose, à un seul terme "l’hypnose".

Cela participe de la première cause de confusions. Cette absence de précision trouble aussi considérablement l’univers des professionnels de l’hypnose, et y crée des divisions et des polémiques inutiles.

Les pouvoirs publics et les instances régulatrices qui seront amenés tôt ou tard à légiférer pour un encadrement des pratiques de l’hypnose, sont aussi sérieusement « impactés » par cette imprécision.

En effet, on ne peut parler sérieusement de "l’hypnose" qu’en la replaçant dans des contextes, des champs de compétence et des cadres (théoriques, éthiques ou législatifs) précis. Il nous faut donc préciser : l’hypnose par qui, l’hypnose pourquoi, l’hypnose dans quel cadre et l’hypnose comment?

Une autre erreur importante consiste à utiliser les termes "hypnothérapeute", "hypnothérapie" ou "hypnose thérapeutique" pour englober toutes les pratiques de l’hypnose appliquées aux relations d’aide et/ou leurs exercices.

En l’état actuel, il n’existe pas "UNE" hypnothérapie. C’est une illusion qui participe aussi de nombreux amalgames. Il n’y a que "DES" pratiques de l’hypnose. Elles sont suffisamment nombreuses pour ne pas les réduire à un terme qui est sujet à trop d’interprétations mais aussi prétexte à des excès, des abus ou des dérives(34).

L’hypnose n’est pas une thérapie. L’hypnose apportée à la thérapie n’est pas une hypnothérapie. L’hypnose dans une relation d’aide est un adjuvant à cette relation d’aide et ses objectifs prédéfinis, qui se doivent d’être clairs et lisibles de tous.

Il faut bien distinguer chacune des utilisations de l’hypnose pour éviter aux praticiens de l’hypnose de déborder de leurs champs de compétence, au principe qu’il porte un titre semblable à celui des autres. Ces "Autres" sont issus d’horizons et de formations différents.

C’est un mauvais raccourci de penser que l’hypnose est une thérapie. Il serait tout aussi simpliste de penser que hypnose plus une thérapie est égale à une hypnothérapie(35).

L’hypnose tout comme la communication est un moyen qui peut être utilisé dans divers champs d’application de façon ponctuelle ou régulière. On les dénombre en quatre grandes catégories distinctes :

. les champs de la santé mentale,

. les champs de la santé physique,

. les champ du bien-être et des épanouissements (personnels ou professionnels),

. les champs plus larges des langages appliqués aux relations d’aide éthiques (hypnose conversationnelle et ses applications possibles).

DES OUTILS SPÉCIFIQUES

La variété d’outils et de stratégies communicationnels utilisés dans la transe à des fins différentes, ne permet pas d’en faire ici une liste qui se voudrait exhaustive.

Dans le but de servir la compréhension de notre sujet, il semble opportun d’en décrire brièvement quelques-uns.

Soulignons que tous ces outils pourront, sans exception aucune, être utilisés par un praticien de l’hypnose compétent (dans ses champs de compétence), soit en hypnose formelle (hypnose visible), soit en hypnose informelle (hypnose invisible).

DANS LE CADRE DE LA SANTÉ MENTALE 


Les psychothérapeutes, psychologues ou psychiatres utilisent l’hypnose pour favoriser leurs approches psychothérapiques. Ils disposent de nombreux outils hypnotiques issus, dans la majorité des cas, des thérapies brèves. Les thérapies brèves sont des thérapies dites solutionnistes. Elles sont orientées vers la solution aux troubles psychiques plutôt que vers leurs causes. En somme, elles privilégient le "comment" au "pourquoi".

À contrario, certains outils issus de l’analyse utiliseront la transe pour rechercher des évènements traumatiques refoulés ou déniés. De nombreuses études ont prouvé que les souvenirs "retrouvés" sous hypnose étaient souvent des souvenirs induits volontairement ou pas. En quelque sorte, notre appareil psychique est bien conçu. Si un évènement a été trop douloureux, il va créer une amnésie. 


Le praticien de l’hypnose utilisant des techniques d’investigation sous hypnose doit parfaitement les maîtriser. Puisqu’en sondant les profondeurs de la psyché de la personne sous hypnose, ce praticien l’expose à deux éventualités indésirables : ouvrir une "boîte de pandore"(36), ou créer un faux souvenir pour combler le vide laisser par une réalité déniée ou refoulée. 
 


DANS LE CADRE DE LA SANTÉ PHYSIQUE

Quelques médecins et soignants utilisent l’hypnose pour faciliter ou amplifier les effets de leurs soins. Ils disposent de quelques outils qui nous permettent de les lister. 


HYPNOANTALGIE OU HYPNOANALGÉSIE


 Les effets catalysés dans une transe formelle ou informelle seront antalgiques/analgésiques. Le processus antalgique est catalysé par tout procédé visant l’analgésie ; en somme la diminution de la sensation de douleur ou sa suppression.

Contrairement à l’anesthésie, dans l’analgésie seule la sensation douloureuse est (en partie ou totalement) réduite. La perception du toucher reste intacte. 
 L’hypnoantalgie est très utile dans le soulagement des douleurs chroniques ou post-opératoires dans le cadre d’un suivi médical. Tout soignant étant confronté à la douleur physique trouvera en ce procédé un précieux outil. 
 L’hypnoanalgésie est aussi appréciée à sa juste valeur dans le cadre de soins invasifs ou des interventions chirurgicales légères (Infirmiers, dentistes, soins ou petite chirurgie esthétique...).

HYPNOANESTHÉSIE


 Les effets catalysés dans une transe formelle ou informelle seront cette fois anesthésiques. Le processus anesthésique est catalysé par tout procédé visant l’anesthésie. Il vise la suppression de toute sensation de douleur. Contrairement à l’analgésie, l’anesthésie "endort" une partie du corps, ou la totalité dans le cas d’une anesthésie générale. la sensation douloureuse est alors totalement absente. La perception du toucher disparait souvent en quasi-totalité aussi. 
 L’hypnoanesthésie est aussi très utile dans le soulagement des douleurs chroniques ou post-opératoires (dans le cadre d’un suivi médical). Elle est aussi appréciée dans le cadre de certains soins invasifs ou des interventions chirurgicales légères (infirmiers, dentistes, soins ou petite chirurgie esthétique...).
 L'utilisation de ces techniques favorise, après une petite chirurgie, une récupération plus rapide. 
 De nombreuses personnes souffrant de douleurs chroniques ont recours à l’hypnoanesthésie et l’hypnoanalgésie, en toute autonomie grâce à des procédés d’autohypnose. Des ateliers d’initiation permettent d’apprendre rapidement l’autohypnose afin de soulager soi-même ses douleurs chroniques.

HYPNOSÉDATION

Lorsqu’il est fait allusion à des opérations chirurgicales réalisées en France sous hypnose, il faut comprendre "sous hypnosédation".

L’hypnosédation consiste en une sédation consciente intraveineuse combinée à une anesthésie locale et accompagnée d’hypnose. Cette technique d’anesthésie peut éviter dans certains cas une anesthésie générale. Elle peut être pratiquée en chirurgie plastique, mammaire, cervico-faciale, ORL, abdominale, en radiothérapie, etc.

Le patient est informé qu’un recours à une anesthésie générale en cours d’intervention peut être soudainement indiqué (moins de 1% des cas).

Les contre-indications de l’hypnosédation sont la déficience de communication de la part du patient, une allergie possible aux anesthésiques locaux ou une forme de démence(37).


À l’origine de cette technique anesthésique

Marie-Elisabeth Faymonville(38) est incontestablement une experte internationale dans les domaines de l’hypnose appliquée à la chirurgie, aux douleurs chroniques et aux soins palliatifs. Ses apports considérables en ces domaines lui ont valu un grand nombre de publications et prix nationaux et internationaux.

En 1992, elle développe cette technique d’anesthésie novatrice baptisée "Hypnosédation". Elle l’enseigne depuis 1994 à l’université de Liège.

Son exploration des mécanismes neuroanatomiques de l’hypnose et leurs publications ont marqué un tournant majeur dans le domaine des neurosciences. Sa thèse d’agrégation de l’enseignement supérieur "L’hypnose en Anesthésie-Réanimation, de l’application clinique aux mécanismes cérébraux" y est aussi pour beaucoup.

Son intégrité et sa rigueur scientifique ont permis de "propager" considérablement la connaissance de l’hypnose dans les communautés scientifiques.

RÉIFICATION DES DOULEURS SOUS HYPNOSE CONVERSATIONNELLE

Sous hypnose conversationnelle, le praticien de l’hypnose va permettre à la personne en souffrance physique de modeler ses perceptions et les représentations des sensations douloureuses qu’elle subit. L’objectif étant la diminution et/ou la suppression des douleurs physiques chroniques, post-opératoires et/ou psychogènes(39).


DANS LE CADRE DES ÉPANOUISSEMENTS

Les aidants professionnels utilisent l’hypnose pour favoriser les épanouissements (personnels et/ou professionnels). Ils disposent de nombreux outils spécifiques. L’on peut généraliser leurs processus en un ensemble d’exercices imaginaires.

La personne accompagnée vit sous hypnose différentes situations. Suivant les objectifs, ces exercices imaginaires se situeront dans le passé, le présent ou le futur. Bien souvent la personne accompagnée cheminera d’époque en époque de sa vie à travers différentes scènes.

Dans l’Hypnose Intégrative dédiée aux épanouissements, le réalisateur, les acteurs et les spectateurs ne sont qu’une seule et même personne : celle qui est en transe, c’est à dire la personne qui consulte.

Le praticien de l’hypnose intégrative n’est que le metteur en scène. Il n’invente rien, il n’ajoute rien. Il organise simplement ce qui a été défini dans l’interview préliminaire par la personne qui consulte en opérant parfois quelques zooms utiles.